La croisée des destins
Chapitre 12 : Illusion
Deux jours s’étaient écoulés. Antoine et Charles avaient entrepris de nous familiariser, Léa, Leslie et moi, à la monte cow-boy. De plus, j’aidais toujours Leslie avec Émir et Antoine, qui avait commencé à dresser Démon. Ce dernier avait des allures souples, contrairement à ce que j’avais pensé en le voyant à la vente. Il était aussi très obéissant. En plus de cela, je devais monter Casiopée et Éclipse et préparer mon étalon à la course, avec l’aide de Charles et Léa. Si bien que mes journées étaient assez chargées.
Charles et moi étions assis près de la mare et préparions
notre petite escapade “secrète”. L’air crépusculaire était un peu frais, mais agréable
après le soleil de plomb qu’il y avait eu ces deux derniers jours.
“- Alors, Charles, tu sais où se trouve le troupeau ?
- Oui, à peu de
chose près ! Illusion n’est pas du genre à rester en place, surtout en cette
saison !
- Mais, comment
on fera pour y aller, sans attirer les soupçons de ton père ?
- Ton inscription
à la course arrange tout ! Je dirai que je vais te préparer au terrain et que,
pour une première fois, il vaut mieux que tu prenne Solstice, plutôt qu’Éclipse
!
- C’est malin ça
! Mais, je continue à penser que le meilleur cheval, pour l’épreuve d’extérieur
serait...
- Illusion ! Je
le sais, j’ai pensé à la même chose que toi ! Mais il faudrait d’abord que tu
puisse l’approcher !
- Vous dites tous
qu’il est agressif et violent ! Pourtant, quand je l’ai rencontré, il ne m’a
rien fait de mal ! Et même, par son attitude, j’ai crû que c’était Éclipse. Et
quand il a voulut l’attaquer, il a reculé, quand je le lui ai ordonné ! Ca
prouve qu’il doit quand même se rappeler de moi, non ?
- Peut-être !
concéda mon cousin, sceptique. Mais ça ne veut rien dire ! Enfin, on verra
bien.
- Hum ! Eh, dis
moi, Charles, tu ne lâche jamais ton brin de paille, ou quoi ?
- Si, pour en
changer, tous les mois ! répondit-il en souriant.
- Arrête ! C’est
pas drôle !
- Ouais ! En
fait, je l’garde pas à table, et quand je dors !
- C’est
hi-la-rant, Charles ! Bon, on la fera quand, alors, cette... excursion ?
- Je sais pas !
Le plus tôt serait le mieux ! Pourquoi pas, demain ?
- Ouais !
Allons-y pour demain ! approuvai-je.
- D’ac ! Bon, on
ferai bien de remonter ou P’pa va finir par ce demander ce qu’on fait !”
* * * * *
“- J’en reviens pas que ça ait si bien marché ! remarqua
Charles.
- Moi non plus !
Tout ce que ton père a dit c’est, “soyez prudent” !”
Charles et moi avions mis notre plan à exécution. Charles
avait dit à son père que pour une première vraie reconnaissance des lieux, il
valait mieux que je prenne Solstice, et mon oncle l’avait cru ! Bien sûr, je me
sentais un peu coupable de lui mentir, mais bon...! Si bien que, un peu avant
l’aube, Charles, sur Gulliver, et moi, juchée sur Solstice, prîmes le chemin
des montagnes. Mais il me montra quand même l’endroit où aurait lieux la course
de fond. Je jetais un oeil aux obstacles que j’apercevaient ; des murs, des
buttes, des fossés, une rivière,..., en bref, tous les obstacles que Éclipse ne
connaissait pas, ou très peu. J’étais contente d’avoir familiarisé mon étalon
avec l’eau, avant de partir au Montana.
Après une brève halte, où Charles me décrit le reste du
parcours, nous reprîmes la route. Suivant mon cousin, nous arrivâmes à un petit
sentier, à flanc de rocher, qui serpentait, entre les massifs rocheux
environnants.
“- On va devoir conduire les chevaux à la main ! La pente
est trop raide ! m’expliqua Charles.
- Attend, je vais
devoir passer par là pour la course ? m’étonnai-je.
- Oui ! Alors, tu
auras intérêt à ménager Éclipse, pour ce tronçon, car le reste du parcours est
encore assez hard ! Mais, si tu veux voir le troupeau, c’est par là ! ajouta
Charles.
- D’accord ! Je
te suis !”
* * * * *
Après dix minutes de grimpette, nous débouchâmes sur un
petit plateau herbu, balayé par le vent. Une petite rivière coulait parmi les
plantes.
“- C’est encore loin ? demandai-je.
- Ils doivent
être plus en amont ! remarqua Charles. Bah, d’un côté, ça va nous arranger, car
tu pourra voir le reste du parcours. Ils ont dû gagner la vallée. mais, elle
est trop loin d’ici pour qu’on fasse le chemin en entier. Par contre, la suite
de ton parcours, est à un peu moins d’une heure d’ici ! ajouta-t-il, en se
remettant en selle. Le terrain est trop accidenté pour permettre de galoper,
donc, il te faudra, lors de la course, rester au pas, ou au trot, si ton cheval
a le pied sûr. Enfin, avec Éclipse...! C’est sûr que, si tu avais Illusion, le
problème ne se poserait pas. Mais...!”
Il fut interrompu par un hennissement strident.
“Oh ! Oh ! marmonna Charles. Quand on parle du loup,...!
A mon avis, il les amenait au plateau. On ferai mieux d’attendre là. Et reste
en selle, au cas où !”
Nous attendîmes donc. Le vent devait porter notre odeur
aux chevaux. Notre attente ne fut que de courte durée car un hennissement,
totalement différent de celui qui l’avait précédé, retentit dans l’air matinal,
deux minutes avant qu’une dizaine de bêtes n’arrivent au trot, dans le fond du
plateau. Les bêtes hésitèrent à la vue des deux cavaliers, mais ce ne fut pas
le cas d’Illusion. Il lança un hennissement autoritaire et son troupeau
s’immobilisa. Je restais stupéfaite devant les équidés. En effet, Illusion
n’avait vraiment rien à voir avec les autres bêtes de la harde, qui étaient,
pour la plupart, des mustang et quelques appaloosas et, ici et là,
apparaissaient certaines jument qui, manifestement, avaient du sang anglais, ou
arabe. Si bien qu’Illusion dénotait parmi les juments. Celui-ci se détacha
majestueusement du troupeau, la tête haute, les oreilles en avant, ce qui était
bon signe, pour nous. Il ne nous traitait pas en ennemi.
“- Qu’est-ce tu fais ? s’inquiéta Charles en me voyant
mettre pied à terre.
- Tiens Solstice,
veux-tu ?” lançai-je en lui tendant les rênes de ma monture.
Sans attendre, et sans laisser le temps à Charles de
répliquer, je m’avançais vers l’étalon. Il ressemblait exactement à Éclipse,
sauf par les cicatrices qui zébraient sa robe noir, et la longueur de ses
crins, et aussi par son air dominant et la pointe d’arrogance de son attitude
alors qu’il me faisait face, immobile. Les juments laissèrent échapper une
sourde plainte, ce à quoi l’étalon répondit par un bref hennissement. Ses yeux
noirs se posèrent sur moi et il laissa alors échapper une sorte de ronflement.
“Illusion ! murmurai-je. Alors bonhomme, tu te rappelles
de moi ?”
J’avançais prudemment, tout en tenant compte du fait que
je faisais face à une bête sauvage, et non pas à Éclipse. Je sifflai. L’étalon
piaffa, nerveux. Soudain, il lança un hennissement joyeux, ses yeux noirs
brillants d’une douce lueur. Il fit un pas vers moi, la tête basse, l’encolure
tendue. Il continua à s’avancer, d’un pas de plus en plus vif, relevant
progressivement la tête, alors qu’il gagnait en assurance.
“Cécilia !” m’appela mon cousin.
Au son de cette nouvelle voix, Illusion s’arrêta soudain,
méfiant.
“C’est pas le moment, Charles ! Oh, doucement Illusion.
Tu n’as rien à craindre, c’est un ami !” murmurai-je, en m’avançant vers
l’étalon.
Je m’arrêtai à quelques pas de l’étalon, et tendis,
doucement le bras vers la tête de l’animal qui frémit lorsque ma main se posa
sur son chanfrein. Mais ça ne le perturba pas plus que ça. Prenant confiance,
je m’approchait encore plus de la bête, jusqu’à son épaule. L’étalon me laissa
faire et se contenta de tourner la tête vers moi, alors que je passais les bras
autour de son encolure. L’animal, surpris, essaya de relever la tête.
“C’est rien, bonhomme ! le rassurai-je. Alors, Illusion,
comme on se retrouve ? Tu es devenu un grand chef de troupeau, à présent ! Tu étais
encore un poulain, et pourtant, tu te rappelle encore de moi !”
Un mouvement soudain détourna mon attention. Quelques
bêtes du troupeau s’étaient avancées, d’un air prudent.
“- Euh, Cécilia ! intervint prudemment mon cousin. Désolé
d’interrompre ces retrouvailles, mais on a encore du chemin à faire ! Alors, il
faudrait peut-être penser à y aller !
- Oui, j’arrive !
Oh, calme-toi, Illusion ! Charles ne te fera pas de mal ! chuchotai-je au
cheval qui avait commencé à s’agiter. Bon, j’reviendrai, mon gros ! Je te le
promet !” ajoutai-je, en caressant une dernière fois la tête intelligente de
l’étalon.
* * * * *
Nous avions laissé le troupeau derrière nous, et nous
continuions la découverte du circuit.
“- Eh ben ! remarqua mon cousin, au bout d’un moment. Je
ne m’attendais pas à ce que ça se passe aussi bien ! J’ai fait plus peur à
Illusion qu’autre chose ! Mais j’ai vraiment l’impression qu’il se rappelait de
toi, alors que ça fait quand même six ans de ça !
- Hum ! Charles,
tu crois que, dans la course, il est possible de monter deux chevaux différents
dans les deux épreuves ?
- Oui, c’est
possible ! Mais, j’te vois venir ! Il faut que je te rappelle quelque chose,
Cécilia. Illusion n’a jamais été monté, de toute sa vie ! Alors, ça serait un
tour de force,...et un suicide, d’essayer le dresser et de seulement l’habituer
à la selle et le cavalier, pour la date de la course !
- Mais, dans la
deuxième épreuve, le cheval est-il obligé d’être sellé et harnaché ?
- Ce qu’on
demande, c’est que tu contrôle ton cheval, c’est tout ! Mais, le cheval doit
impérativement être harnaché pour la première épreuve ! Donc, si jamais tu
arrive à préparer Illusion, ce qui m’étonnerai, tu devra quand même monter
Éclipse pour la course sur piste !
- Hum ! J’pourrai
le faire, mais que si tu me donne un coup de main ! Je peux compter sur toi,
Charles ?
- Oui ! Mais, je
ne te serait pas d’une très grande aide, car Illusion est très méfiant,
vis-à-vis des hommes !
- Ne serai-se que
pour tenir mon cheval pendant ce temps, et...garder le secret, et me
guider,...! C’est une sacrée tâche !
- C’est vrai !
Surtout avec toi ! remarqua mon cousin, en souriant. Bon, tu vois, pour
l’épreuve de fond, tu devra prendre cette piste, qui descend, en zig-zag ! Il
faudra que tu sois prudente, c’est très escarpé !” poursuivit-il, en
s’engageant dans la descente.
Cela fait, nous débouchâmes dans le lit d’une rivière,
que nous remontâmes, jusqu’à de vastes étendues herbeuses, criblées de haies,
murets et talus.
“- Une fois, arrivée ici, tu auras fait le plus gros !
L’arrivée de la course se trouve près des deux gros chênes que tu vois là-bas.
C’est souvent sur ce dernier tronçon que tout se joue. C’est bon ?
- Oui, oui, c’est
bon ! J’ai tout compris.
- Bon, ben on
peut rentrer alors ! Demain, on remettra ça, mais cette fois, tu passera
devant, toujours avec Solstice. Après, il te faudra jouer plus serré, car il
faudra bien que tu monte Éclipse, sur le terrain, pour le mettre en condition,
mais, le problème, c’est que, si tu y va avec Éclipse, pour voir Illusion, ça
risque d’être assez chaud, les rencontres. Un autre inconvénient, c’est que
Gulliver n’est pas très bon sauteur, non plus, comme Solstice !
- Bah, tu pourras
toujours prendre Casiopée ou Émir, si Leslie veut bien te le prêter ! je
voulais te demander...tu m’as bien dis que Vampire était le père d’Illusion ?
- Euh...Oui !
Pourquoi ?
- Tu connais les
origines de Vampire ?
- Je demanderai à mon père, en rentrant, si tu veux ?”
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